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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 22:31
         Les fêtes de Noël et Nouvel An sont passées, les agapes sont digérées (du moins, faut-il l'espérer) ; il est maintenant possible d'évoquer le réveillon sans dyspepsie. Il me vient le très grand désir de m'attarder auprès de Sylvestre.
Saint Sylvestre, c'est le dernier jour de l'année, le réveillon du premier de l'an. Mais, de son vivant, qui fut donc ce Saint Sylvestre ?
          Le saint éponyme, Sylvestre Ier, était un évêque contemporain de l'empereur Constantin, il fut même la courroie de transmission permettant à l'homme politique de construire à sa guise l'Eglise en formation. Rien de très passionnant.

          Beaucoup plus intéressant : Sylvestre II, le pape de l'an mille.

Sa vie est aussi éloignée de la "Légende Dorée" que des idées toutes faites qui traînent encore sur l'église du haut Moyen-Âge.
     Gerbert, c'est le vrai nom de Syvestre II (tous les papes choisissent un pseudo parmi leurs prédécesseurs), est né vers 945 de paysans attachés aux terres de Saint-Géraud d'Aurillac, une abbaye bénédictine de l'ordre clunisien.
Première surprise. Beaucoup se font des établissements religieux une image d'Ancien Régime. Bien isolés par la clôture monacale,  le pouvoir et la vie intellectuelle sont réservés aux nobles et aux riches, c'est un décalque parfait de la société du temps. Aucune promotion sociale pour les religieux d'origine modeste ; les frères convers, moines de second rang, issus du peuple, sont employés aux tâches matérielles pour laisser aux Révérends Pères (les Dom...) le temps de louer Dieu et d'épanouir leur intelligence.
Heureusement pour Gerbert, au dixième siècle, l'ordre clunisien offrait leur chance aux sujets doués, de quelque ordre soient-ils.
Une tradition édifiante explique comment le prieur de Saint-Géraud s'attarda à contempler un jeune berger qui observait les étoiles en improvisant des repères sur des baguettes qu'il avait taillées. Convaincu d'avoir affaire à un sujet doué, il aurait alors convaincu ses parents de le confier à l'abbaye. La réalité semble beaucoup moins romantique ; l'enfant aurait été donné aux moines de Saint Géraud pour la réalisation d'un voeu ou, dans une période de disette, pour se défaire d'une bouche à nourrir. Peu importe, il est entré au monastère.
  Très vite, les moines se disent qu'ils ont fait une acquisition de choix mais que Saint Géraud d'Aurillac n'est pas le foyer intellectuel qu'il faut à un garçon aussi doué. Ils sont en relation avec des établissements plus importants en Catalogne ; ils y envoient le jeune moine parfaire son instruction dans les abbayes catalanes de Vich et de Ripoll.
C'est là qu'il est remarqué par Borrell, le comte de Barcelone.
En 970, le comte Borrell amène Gerbert à Rome où il étonne le pape Jean XII et l'empereur Otton 1er par sa science de l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie. (Gerbert sera le créateur de la sphère armillaire, elle n'a plus d'utilité scientifique mais on l'utilise encore pour la déco des bibliothèques)
Contrairement à toute attente, Gerbert ne choisit pas de s'installer près du pape à Rome ; il gagne la faveur de l'archevêque Aldabéron, reprend ses études à Reims, et obtient la direction de l'école épiscopale de la ville.  Parmi ses élèves figure le futur roi Robert le Pieux. C'est le début se son alliance avec les Capétiens.
 Sa réputation lui vaut de recevoir la direction de l'abbaye de Bobbio, en Italie, en 982. La bibliothèque du monastère comble le savant de bonheur. Il n'en poursuit pas moins son enseignement à Reims.
Au passage, une autre idée préconçue s'écroule, celle de l'immobilité du Moyen Âge et, spécialement, du haut Moyen Âge. Il n'existait pas de train ni d'avion, pas même de routes dignes de ce nom, le mauvais état des chemins interdisait de circuler en voiture, le voyageur était forcément un cavalier. Malgré ces obstacles, on voyageait beaucoup. Les intellectuels se déplaçaient pour consulter les fonds des bibliothèques réputées.
Au cours de ses voyages, ou malgré eux, Gerbert, faisant preuve de sens pratique,  trouve le temps d'imposer l'usage des chiffres arabes et du zéro. 
Contrairement aux idées en vogue aujourd'hui, ces outils sont bien commodes mais pas indispensables aux mathématiques. Thalès et Euclide qui n'étaient pas des abrutis ont réussi à s'en passer. Disons que l'initiative de Gerbert a bien facilité la vie des matheux.
Histoire de l'obliger à s'extraire de la bibliothèque, autour de 990, l'Eglise entre  dans une période de zizanie. Comme d'habitude, les autorités religieuses, les rois et l'empereur s'opposent avec un luxe de retournements d'alliances.
  Gerbert, en bon diplomate, tire les marrons du feu et devient pape en 997.
Il sera donc le pape de l'an Mille. Belle promotion pour un fils de serf.

Tout bien considéré, ce n'est peut-être pas si incroyable. Il faut avant tout se rappeler que Gerbert était moine dans l'ordre de Cluny qui était beaucoup plus riche en autorité et en prestige que la papauté.
Il choisit de s'appeler Sylvestre. Ce n'est pas un hasard ; un seul pape a porté ce nom avant lui, 7 siècles plus tôt, Syvestre 1er, resté dans l'histoire pour son partenariat avec l'empereur Constantin.
Et Gerbert, devenu Sylvestre II, entretient une ambition : instaurer avec l'empereur Otton III un empire chrétien universel, par l'union du pouvoir séculier et du pouvoir ecclésial.
Sa tentative a échoué (sinon, il serait mieux connu) mais ce pape de l'an Mille reste un personnage attachant. Homme de lumière et de science, il est la meilleure preuve de l'inanité des croyances encore très répandues sur l'an Mille.
Qui n'a pas entendu parler des terreurs de l'An Mil ?
C'est une idée bien tentante pour les amateurs de chiffres ronds, ceux qui veulent y voir des conjonctions fatidiques, mais à l'observation des faits, la croyance ne tient pas.
Le pape le plus savant que la chrétienté ait connu et qui n'aura pas de concurrence avant longtemps, en même temps que débutait la construction du "blanc manteau d'églises" de l'occident chrétien, comme âge de terreur et de ténèbres, on a connu pire.

Un millénaire après, on aimerait que le pape en exercice soit aussi peu obscurantiste ...

 

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 09:17
   15 octobre. Thérèse, c'est je jour où je prends un malin plaisir à vous embrasser.

J'ai consciencieusement oublié le 1er octobre et sa Thérèse de Lisieux pour fêter ostensiblement la Thérèse d'Avila.
A vrai dire, leur sainteté m'importe peu ; il paraîtrait logique que je sois indifférente à l'autre comme à l'une. Précisément, chez elles, je vois surtout des femmes.
     D'un côté, nous avons Thérèse d'Avila, fondatrice d'ordre et docteur de l'Eglise, une intelligence supérieure et un vrai tempérament, vivant sa relation avec Dieu comme une passion amoureuse jamais niée ; c'est le genre de sainte théologienne qu'on donnerait volontiers comme modèle à une jeunesse intellectuelle, une sainte au catholicisme glorieux.
     De l'autre, la célébrité de Lisieux ; nous voyons en elle une petite sainte, comme une certaine Eglise "pas franche du collier" aime en citer en exemple depuis le XIXème siècle, la médiocrité exemplaire, adepte de la mortification jusqu'au masochisme.
     La pauvre subissait une lourde hérédité qui en a fait une malade, toute sa vie. Inapte à la plupart des fonctions, elle a poursuivi un seul but : sanctifier sa souffrance.

      Laquelle a eu les faveurs de l'Eglise contemporaine ?
      - évidemment, la petite sainte minable et souffreteuse de Lisieux.

     Pour qu'elle n'ait pas à rougir de la comparaison, on l'a faite à son tour "docteur de l'Eglise".
 De qui se moque-t'on ?

      Il est un fait certain : si les tenants de la foi catholique espèrent susciter des vocations dans la jeunesse d'aujourd'hui, ils feraient bien de revoir leur catalogue de modèles, à moins qu'il ne s'agisse d'un des derniers bastions de la "douleur rédemptrice". Si, comme je le crains, il s'agit encore de sanctifier la souffrance acceptée, l'Eglise a peu de chances de faire recette, son déclin est certain.

En attendant, bonne fête aux glorieuses Thérèse, celles qui ne craignent ni l'étude ni l'amour.
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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 23:00
      Retour vers les croisades.

      De l'histoire ancienne ?
Oui, si on se réfère aux dates ; presque mille ans, c'est vieux.
A observer les réactions que le mot suscite encore, c'est moins sûr.
On serait tenté d'y voir un phénomène mémoriel : les croisades participeraient du même registre expiatoire que les traites négrières ou les guerres coloniales.
Pour en arriver là, il a fallu plier et repasser l'histoire, lui faire dire ce qu'il convenait, certes, au prix de quelques erreurs ; mais c'est si loin ... Les protagonistes ne viendront pas se plaindre. 

      Erreur aussi générale que facile à corriger : on répète à l'envi que les chrétiens sont venus attaquer les arabes pour leur prendre Jérusalem. 
En 1095, lorsque le pape Urbain II donne le signal de la croisade, il y a plus de vingt ans que Jerusalem et sa région sont passées sous la domination des Turcs Seldjoukides. Prendre les Turcs pour des Arabes et vice-versa ...  ennuis garantis !
Les Français, il est vrai, sont coutumiers de la confusion ; faut-il évoquer les prétendus Arabes que Charles Martel aurait battus à Poitiers ? C'était la rencontre des Francs mérovingiens avec des conquérants musulmans qui s'établiront dans le sud de l'Espagne pour des siècles ; mais, qui dit musulman ne dit pas forcément arabe, les combattants de l'islam rencontrés par le maire du palais venaient en majorité d'Afrique du nord, accompagnés d'aventuriers ibères ou basques cherchant fortune au nord.
       Les musulmans qui tenaient Jérusalem étaient provisoirement des turcs, ils seront remplacés  à plusieurs reprises par d'autres occupants,  et... récupérés par la tradition arabe. Elle est toujours fière d'un grand vainqueur du XIIéme siècle, Saladin, héros de légende autant que d'histoire : ... un kurde !
      Une histoire complexe, à bien des égards ; précisément, c'est la conquête turque qui a provoqué des tensions avec les chrétiens. Jusqu'à ce changement de propriétaire , les communautés avaient cohabité plutôt pacifiquement, en respectant  la dhimmitude imposée par l'islam aux autres religions. Avec la conquête turque, l'atmosphère est devenue beaucoup plus hostile ; les chrétiens autochtones étaient devenus indésirables à  Jérusalem et les pèlerinages en provenance d'Europe n'étaient plus en sécurité.

       On voyageait beaucoup au moyen-âge. Contrairement à l'image qui en est souvent répandue et malgré des conditions matérielles incertaines, les gens n'hésitaient pas à prendre la route, ou ce qui en tenait lieu. Même les moines que la célèbre "clôture" change à nos yeux en modèles d'immobilité, avaient l'habitude d'effectuer de véritables tournées des établissements de leur ordre, comme en témoignent les "rouleaux des morts".
        On allait souvent en pèlerinage pour obtenir la réalisation d'un voeu ou le divin pardon d'une faute. Suivant l'importance de la sollicitation ou du demandeur, la destination était plus ou moins lointaine ; les pélerinages les plus prestigieux conduisaient à Saint Jacques de Compostelle, Rome et, bien sûr, en Terre Sainte.
        Le durcissement des rapports avec l'islam seldjoukide venait contrecarrer un système bien huilé de résolution des conflits mais ce n'était pas le seul motif pour que le pape de Rome décidât la conquête des lieux saints ; après tout, l'affaire aurait pu revenir aux chrétiens d'Orient, ils étaient géographiquement mieux placés, mais un événement était venu tout bousculer : le schisme entre les Eglises d'Orient et d'Occident s'est produit en 1054. Les églises d'Orient et d'Occident sont devenues concurrentes. Il est évident que les premiers à mettre la mains sur les lieux saints auront marqué un point décisif dans la compétition.
       Le christianisme orthodoxe est fractionné en évêchés sans hiérarchie ; toute décision d'ensemble exige une concertation. En face, le catholicisme est centralisé autour du pape ; se rassembler sous un seul chef, pour mener une guerre, c'est un avantage. Néanmoins, si la hiérarchie donne de l'autorité, elle ne crée pas de force armée. Le pape ne dispose pas de soldats, il doit faire appel à ceux qui détiennent la force : les nobles, ses adversaires de toujours et ses alliés par nécessité.
      
       D'où Urbain II lance-t'il un appel à reprendre Jérusalem ?

      S'il était un pape du XXIème siècle, il le ferait de Rome mais, au XIème siècle, Rome n'est pas un endroit très sûr. Le cher homme préfère rejoindre ses fidèles en terre franco-anglaise. Lui même est issu du véritable centre de la chrétienté, l'abbaye de Cluny où se traitent les grandes questions  théologiques, diplomatiques et politiques. Saint Pierre de Rome n'est qu'une petite église de province à côté de l'Abbatiale de Cluny.
   Encore une idée toute faite à balayer : beaucoup sont convaincus que ce chef d'oeuvre de l'architecture romane a été détruit sous la Révolution. Ils ont tort. L'abbatiale, dont un transept encore debout donne une vague idée de la grandeur, a été vendue comme bien national sous la Révolution mais n'a été démolie qu'en 1820, sous une royauté catholique bien conservatrice. Ses propriétaires, désespérant de la rentabiliser, ont pris le parti de l'exploiter en carrière de pierres. Pour faire tomber le porche, trop solide, il a fallu utiliser des explosifs. La qualité du matériau qui compose les murs des villages alentour est le témoignage cinglant de l'ampleur du gâchis )
Donc Urbain II se rapproche de ses bases mais, peu soucieux d'attiser les habituelles jalousies, il ne lance pas son appel de Cluny. Il choisit Clermont Ferrand où se tient, fort opportunément, un concile, à proximité des grandes puissances du temps, les rois de France et d'Angleterre.
   
        Les chrétiens sont invités à mettre leurs armes au service de la libération des lieux saints.
Les chevaliers sans patrimoine, toujours un peu brigands, manifestent immédiatement leur enthousiasme : voilà une bonne occasion de chercher fortune au loin. Le pape, de son côté,  aimerait voir s'impliquer les princes, seuls capables d'engager les énormes moyens que l'entreprise va exiger. Mais justement, la haute noblesse risque gros et elle en est consciente ; elle rechigne à partir de longs mois en laissant son domaine aux mains dépouses sans expérience. Les petits malins qui ne répondraient pas à l'appel du pape auraient tôt fait d'en tirer profit.
Urbain II connaît la situation ; il a donc prévu la réponse : les combattants pour la foi seront ornés de la croix (d'où "croisé" et "croisade"), le clergé veillera sur leurs avoirs et ceux qui porteraient atteinte à la personne ou aux biens des croisés seront aussitôt excommuniés et leur fief soumis à l'anathème.
Ce n'est pas un péril symbolique. Dans un fief soumis à l'anathème, plus de mariages ni de funérailles, aucun acte notarié, rien qui nécessite de prêter serment. Toute vie sociale est empêchée. c'est l'anarchie. Le pape espère ainsi convaincre les nobles de faire l'union sacrée.
Il faut le temps de mettre en place les rouages, la première croisade ne voit partir que des seconds couteaux, mais le succès militaire est là : Godefroy de Bouillon prend Jerusalem. Excellent en terme de communication !
         D'aventure incertaine, la croisade devient le défi du siècle et le beau monde s'y précipite ; aux croisades suivantes, on rencontre les rois de France et d'Angleterre, l'empereur du St Empire Romain Germanique et tout le fin du fin de la noblesse européenne.
Ce serait magnifique si ce n'était pas le commencement des ennuis. Les musulmans ne se laissent pas si facilement déposséder, les petits rois chrétiens s'adaptent mal, leurs règnes sont brefs, raccourcis par des maladies qu'ils ne peuvent affronter et la papauté ne tient pas ses promesses. Le contrat semble rompu lorsque Richard Coeur de Lion, héritier du trône d'Angleterre est enlevé à son retour de croisade par Leopold d'Autriche qui nourrissait quelques griefs à son égard.
 C'était une violation flagrante du code de la croisade ; le pape aurait dû réagir et il n'en fit rien.
La mère de Richard, l'énergique Aliénor d'Aquitaine somma le pape dans une lettre pleine de courroux "Moi, Aliénor, mère et reine par la colère de Dieu ..."
Rien n'y fit. le pape resta sourd, Aliénor se débrouilla pour réunir l'énorme rançon exigée par Léopold mais la leçon porta ses fruits. La fin des croisades fut l'affaire de seconds couteaux et de mercenaires animés par le goût du lucre bien plus que par la dévotion pour les lieux saints.

         Et pourtant, c'était au commencement une idée géniale (du moins, pour la noblesse et l'église). 
C'était la solution au problème insoluble que l'intervention cléricale avait introduit dans les mariages et les successions.
         Résumons.
L'église avait imposé la monogamie et contrôlait le choix des unions.
Dans la noblesse farouchement patriarcale, l'épouse unique était forcément celle que le père avait choisie pour son fils, c'était un bon parti, elle était porteuse d'espérances et de richesses mais ce n'était que rarement le rêve du fils qui entretenait d'autres ménages non reconnus avec des compagnes plus désirables qui lui donnaient des enfants.
D'autre part, après quelques siècles de flottement dans les règles de succession, la noblesse, avec quelques variantes locales, avait fixé sa préférence à l'ordre de primogéniture par les mâles : on ne partageait pas, tout allait au fils aîné, à charge pour lui de faire vivre ses frères.
La maison d'un seigneur féodal était constituée de la troupe entretenue des frères cadets et des bâtards, ce qui n'allait pas sans créer des rivalités incessantes.

On vient à se demander si l'engouement pour la croisade, projet capable de durer trois siècles, n'est pas, avant tout, le succès d'une trouvaille : un formidable exutoire à la violence intrinsèque de la société féodale. D'ailleurs, les croisades ont définitivement cessé après la Mort Noire. La grande épidémie de peste fit tant de morts que l'espace était tout à coup devenu trop grand. La terre manquait de bras, personne n'avait plus besoin d'aller chercher fortune ailleurs.

        Ce grand repli durera un bon siècle . Ensuite, les cadets se remettront à chercher fortune à l'autre bout des mers avec les grandes découvertes. Là encore, nous entendrons parler de l'église. ce sera l'heure de gloire de l'"Inquisition "    ...
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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 22:20
   Le 19 Mai, c'est la Saint Yves. Bonne fête à tous les porteurs de ce prénom, à commencer par mon fils.
C'est la date qui a été choisie par les politiques et les médias pour activer la lutte contre les mouvements sectaires.
   Coïncidence, rien à voir.
   ... du moins, c'est ce que vous croyez.
 
   Le bon Saint Yves, patron des gens de loi et plus particulièrement des avocats, est un personnage très convenable, il consacre son éternité à faire le bien de ses fidèles en attirant sur eux tous les bienfaits de la justice divine. Pour sa fête, chaque année, les habitants de Tréguier organisent en son honneur un pardon à la mode très bien-pensante de la Bretagne catholique. Aucune trace d'emprise sectaire.

    Sauf si ...
Si vous avez l'occasion de visiter les environs de Tréguier et d'y faire preuve de curiosité,
dans une ambiance de conspiration et d'interdit, on vous parlera peut-être d'un autre saint : Saint Yves de Vérité.
Son culte n'est pas reconnu. Il est même interdit par l'église.
Pourquoi un tel discrédit ? Ils sont nombreux les saints folkloriques qui trimballent une légende et une réputation peu chrétiennes ; on ne leur consacre plus de neuvaines ni de pèlerinages, on les oublie tout doucement sans les agresser. Pour être ainsi renié par son église il faut qu'il ait dépassé les bornes. Qui est donc ce saint peu recommandable ?
 Qui est Saint Yves de Vérité ?
- c'est le même que le Saint Yves officiel, alors ... Pourquoi ce rejet ?

     La condamnation ne frappe pas le saint mais le culte qui lui est adressé.
Ses adeptes affirment qu'ils lui demandent justice ; en réalité, ils comptent sur lui pour se venger.

Un exemple : Deux paysans, Pierre et Paul, ont depuis longtemps un désaccord sur la propriété d'un champ. Leur différend est tellement irréconciliable qu'il aboutit à un procès. Le tribunal ayant examiné les arguments de chacun, fait droit à la demande de Pierre et condamne Paul qui est furieux.
      Jusqu'ici, rien que de très banal.
 Paul a perdu confiance en la justice des hommes et décide de faire appel ... non à la cour du même nom, mais à Saint Yves de Vérité.
      En route pour l'aventure.
On ne s'adresse pas directement à Saint Yves de Vérité. Il a ses interprètes , ses médiateurs ; il faut passer par eux de la même manière qu'on s'adresse à des avocats spécialisés pour ester en cour de cassation.
L'analogie s'arrête là ; les intercesseurs du saint ne sont pas de doctes juristes mais des sorciers, des rebouteux et autres jeteurs de sorts. En échange d'un cadeau (tout le monde doit vivre)  évalué d'après la fortune de Paul, l'intermédiaire se charge de présenter au saint l'attente de Paul
, en général la demande d'une vengeance bien concrète : rendre malades Pierre ou son troupeau, envoyer des intempéries qui détruiront ses moissons.
      Il se charge aussi de porter à Pierre la mauvaise nouvelle du courroux de Saint Yves. Et il paraît que l'entreprise fonctionne ; après un temps assez bref, le destin s'acharne sur les récoltes ou la santé de Pierre.
     En fait de culte, ces invocations à Saint Yves de Vérité sont une manière d'envoutement. Un folklore paysan "bien de chez nous" habille une forme de manipulation, d'emprise mentale qui évoque les poupées vaudou. Le sort ne fonctionne que s'il est connu de l'envouté et que ce dernier y croit. Il est assez démoralisé et sûr de sa perte pour tomber malade et parfois se suicider.

    
Décidément, on glisse facilement de la religion à l'activité sectaire et à la sorcellerie.
     Ceux qui observent comme des nouveautés la pénétration de croyances exotiques, allant jusqu'à leur consacrer de doctes essais, feraient bien de se rappeler que le paranormal a existé  de tout temps et en tous lieux, jusqu'au fond de nos campagnes.
 Pas besoin de chaman ni de gourou, nos sorciers feront bien l'affaire.
 
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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 09:02
Notre feuilleton -historique-mais-sans-prétention -était un peu endormi ; des urgences avaient pris sa place.
Et puis, télescopage : l'actualité vient le ranimer.
Petit rappel de procédure : comment un mortel ordinaire est-il fait saint et par qui ?
D'abord, il faut mourir...Jusque là : sans difficulté, tout le monde en est capable. Ensuite, il faut avoir laissé suffisamment de bons souvenirs aux gens qu'il faut , pour que ces derniers demandent au pape de vous faire saint.
Comme le pape ne veut pas avoir l'air d'imposer ses chouchous, il confie l'affaire à une commission ad'hoc composée d'éminences et autres excellences siégeant au Vatican, à proximité immédiate de la bonne parole papale (en fin de compte, il décide comme il veut). 
En souvenir de l'Inquisition, la cause du prétendant est instruite sous forme de procès.
 On aligne face-à-face les arguments pour et contre (le célèbre avocat du diable).
Amusant : parmi les critères qui font la sainteté, il faut avoir fait au moins un miracle.
Si le positif l'emporte et qu'il n'existe pas d'opposition rédhibitoire, on procède à la béatification : le candidat devient bienheureux . Encore un effort et c'est la canonisation qui en fait un saint, dans un délai plus ou moins long, selon l'empressement des juges...et la force de la pression pontificale.
Certains dossiers ont musardé pendant des siècles, d'autres ont été bouclés avec une rapidité ... miraculeuse ; on pense immédiatement à Josemaria Escriva de Balaguer, fondateur de la très réactionnaire Opus Dei. ... On se demande  quels miracles il a bien pu faire, celui-là ...
Le péché mignon (!) des papes qui veulent laisser leur marque dans l'histoire est d'ouvrir de nouveaux dossiers et de pousser les anciens qui traînent.
Benoît XVI a ressenti la même démangeaison que ses prédécesseurs en mettant de l'ordre dans les archives du Vatican.
- Et qu'a-t'il découvert ? - Ciel ! Pie XII n'est toujours pas béatifié.
Anormal pour un pape. Même les plus insignifiants sont arrivés au moins à ce niveau.
 Il faut se bouger : "Nous prions pour que la cause de béatification de Pie XII se poursuive heureusement"
Il y a comme un malaise ... les cardinaux un peu diplomates auraient aimé que cette affaire s'enterrât dans le silence et se couvrît de poussière. L'Eglise a largement assez de problèmes à résoudre ; on n'avait pas besoin d'aller déterrer cette mine toujours explosive.
Pie XII, c'est le pape de la seconde guerre mondiale. Il s'est tu devant les exactions des nazis, il a fait preuve d'un silence assourdissant devant la solution finale. D'après Benoît XVI, "la discrétion était au nombre de l'héroïcité de ses vertus."
De la part d'un chef religieux dont on attend qu'il soit une grande voix, c'est une qualité discutable, d'autant que l'Eglise Catholique s'est montrée beaucoup plus active, après la guerre, pour ex-filtrer les anciens bourreaux vers l'Amérique du Sud et ses dictatures hospitalières expertes en recyclage des rebuts, le tout avec la bénédiction d'un Pie XII compatissant .
Il faut dire que ce n'était pas son coup d'essai. Après la première guerre mondiale, pendant  la révolte spartakiste, le futur Pie XII était nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) à Berlin. Au moment de l'écrasement, quelques révoltés, parmi lesquels Rosa Luxemburg, ont tenté de se réfugier à la nonciature, ils croyaient probablement au vieux principe chrétien du  "droit d'asile". Ils s'étaient bercés d'illusions ; le nonce Pacelli les a livrés, ils ont été exécutés.
Tout cela dresse un curieux tableau de saint.
Pourquoi Benoît XVI tient-il à sauver sa mémoire ?
Quitte à passer pour malintentionnés, nous nous rappellerons que Benoi XVI, né Ratzinger, affectueusement surnommé Panzercardinal, a fait partie des jeunesses hitlériennes. On nous a expliqué qu'il n'avait pas pu agir autrement : c'était un passage obligé pour les jeunes gens qui voulaient mener de grandes études. Passons ... mais, précisément, faire la promotion d'un prédécesseur encore plus sali que lui dans l'hitlérisme n'est pas le meilleur moyen de faire croire à son innocence.
Je plains les catholiques de bonne volonté qui essaient de faire croire à la possibilité d'un renouveau pontifical.


Et voilà un commentaire d'nfolive tv  ( media israélien) :
De nombreux efforts sont déployés dans le but de béatifier le pape Pie XII, en fonction durant la Shoah. Malgré l'opposition d'Israël et du monde juif, il semblerait que le Vatican continuera le processus. Lors d'une messe au Vatican célébrant le cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII, au début du mois, Benoît XVI a souhaité la poursuite du procès en béatification de ce pape qui fait l'objet d'une controverse pour son attitude jugée trop passive et silencieuse face à la Shoah.

 

 Benoît XVI a estimé que Pie XII s'était dépensé sans compter "pour la défense des persécutés sans aucune distinction de religion, d'ethnie, de nationalité et d'appartenance politique", notamment pour les juifs menacés d'extermination, et déploré que le débat historique à son sujet n'ait "pas toujours été serein". Le grand rabbin de Haïfa, Shear Yshuv Cohen, premier religieux juif invité à s'exprimer devant un synode d'évêques catholiques actuellement réuni au Vatican, s'était fait l'écho des réserves de nombreux juifs face à ce procès en béatification. Il avait estimé que Pie XII "ne doit pas être pris comme modèle et ne doit pas être béatifié parce qu'il n'a pas élevé sa voix face à la Shoah".

 

La béatification de Pie XII reste un sujet brulant qui risque d'influencer sur les relations entre le Vatican et Israël mais aussi sur les relations judéo-chrétiennes. En effet, le mouvement du crif ( Conseil représentatif des institutions juives de France) a déjà mis en garde: «La béatification du pape Pie XII, en dehors d’un consensus d’historiens indépendants, risquerait de porter un coup dur aux relations de confiance qui se sont établies entre l’Eglise catholique et le monde juif», a déclaré Richard Prasquier, président de l'organisation à un media français. Le monde juif reproche à Pie XII sa passivité durant les horreurs de la Shoah.

 

D'autre part les divergences envers ce Pape semblent influencer sur une éventuelle visite du pape Benoit XVI en Israël. En effet, Israël a renouvelé une invitation à l'intention du pape Benoît XVI à se rendre en pèlerinage en Terre sainte. La polémique autour de cette visite a éclaté il y a quelques jours lorsque le père Gumpel, le "défenseur" de la cause de Pie XII dans le processus de béatification, a fait allusion a cette visite. Selon lui, Benoît XVI « voudrait aller en Israël le plus rapidement possible » mais il ne pourra pas le faire tant que la légende sous la photo de Pie XII dans le Musée de l’Histoire de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem, « une évidente falsification de l’Histoire, ne sera pas enlevée ». Cette légende accuse le pape de ne pas avoir élevé sa voix contre la Shoah. Tant que cette légende demeure sous la photo, un éventuel voyage de Benoît XVI en Israël serait « un scandale pour les catholiques », a ajouté le père Gumpel.

 

 En attendant, le Vatican ainsi que la présidence israélienne se sont dépêchés de taire le scandale. Dans une déclaration, le directeur du bureau de presse du Vatican, Federico Lombardi, a dit, entre autres : « Le Vatican a démenti les assertions selon lesquelles une légende qui figure au Musée de l’Holocauste de Jérusalem, affirmant que Pie XII n’a pas fait suffisamment pour sauver des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, empêcherait le Pape Benoît XVI de venir en visite en Israël.  « Ce fait ne peut être considéré comme un facteur déterminant pour une décision concernant une visite du Saint Père en Terre Sainte, un voyage qui, comme on le sait, est l’un des désirs du pape, mais qui, pour l’instant, n’a pas fait l’objet d’une planification concrète ».

 

 Shimon Peres a lui aussi affirmé qu'il ne fallait pas lier la visite du pape en Israël aux divergence sur Pie XII. "Je connais le pape Benoît XVI que j'ai rencontré plusieurs fois, et sa visite en Israël ne doit pas être liée à la controverse sur Pie XII", a-t-il déclaré à la radio publique israélienne.

 

 Il semblerait que Yad Vashem également tente de calmer la tempête et a de son côté publié dimanche un communiqué rappelant que les historiens sont partagés sur le rôle de Pie XII. 20/10/08


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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 23:00

 Nous sommes donc à l'époque féodale . L'Eglise a pris la direction des affaires, c'est un "état dans l'état" mais elle a besoin des nobles qui sont toujours les maîtres de la force armée.  Elle rend sa justice mais c'est le bras séculier qui fait exécuter les peines. Nobles et clercs sont condamnés à s'entendre.
De la société d'ordres, il reste trop souvent une image rigide, cloisonnée, celle des temps modernes. La société médiévale est bien plus ouverte ; des passerelles existent encore entre les ordres, elles ne se fermeront qu'au quatorzième siècle dans la crispation de la crise économique et de la Mort Noire.
En attendant, un jeune paysan, même un serf, peut, en se faisant moine, espérer faire carrière dans l'Eglise ; témoin : Sylvestre II, le pape de l'an 1000.
 Les voeux perpétuels n'existent pas. Un garçon ou une fille noble peut intégrer une abbaye en restant à la dispostion de sa famille ; il en sortira si d'autres projets le rappellent. Pour illustrer ce mécanisme, les chroniques gardent le souvenir de la très attachante Mathilde d'Anjou.
Dès l'enfance, cette fille du comte d'Anjou manifeste une attirance très forte pour la vie religieuse ; elle entre à l'abbaye de Fontevraud où elle reçoit une solide instruction.  Appréciée par ses compagnes pour son intelligence et ses qualités humaines, on lui prévoit un bel avenir, pourquoi-pas abbesse ? La dignité serait conforme à son rang, l'abbesse de Fontevraud est comme l'abbé de Cluny un des plus hauts dignitaires de la chrétienté.
C'est méconnaître les priorités en vigueur dans sa famille. Le comte d'Anjou est en pourparlers avec son voisin Henri Beauclerc, duc de Normandie et roi d'Angleterre. D'habitude, on matérialise la réussite de telles négociations par un mariage.
 Tout naturellement, Mathilde est priée de quitter Fontevraud pour épouser Guillaume Aethelred, l'héritier d'Henry 1er. Elle s'exécute ; mais avait-elle les moyens de refuser ?
 Le mariage est célébré, adieu la vie religieuse, bonjour la cour d'Angleterre.
 Hélas, l'union sera de courte durée ; devenue veuve, Mathilde réintègre son monastère. Elle finira, comme prévu, abbesse de Fontevraud. 
- Intermède : Les malheurs de Mathilde ont marqué l'histoire d'Angleterre. 

Nous allons nous écarter brièvement de notre sujet, les relations de l'Eglise avec le pouvoir, mais il est difficile de ne pas évoquer  l'anecdote, c'est trop tentant.
Au XXIème siècle encore,  la famille royale britannique perpétue certaines traditions, parmi lesquelles l'interdiction de faire voyager ensemble deux générations d'héritiers du trône. Lady Diana, en son temps, avait déclenché le scandale en s'envolant pour l'Inde avec son mari et ses enfants ; dans le respect de la tradition, les enfants auraient dû voyager sur un autre vol.
Un tel usage peut étonner mais il remonte au traumatisme de l'an 1120 : le naufrage de la Blanche Nef.
Rappelons-nous que le duc de Normandie est en même temps roi d'Angleterre ;  la noblesse tient des domaines des deux côtés de la Manche ; beaucoup d'actes de la vie féodale nécessitent la présence physique du seigneur, donc le roi et la noblesse effectuent d'incessantes traversées d'une rive à l'autre.
Le 25 novembre 1120, Henry et la fine fleur de la noblesse anglo-normande regagnent l'Angleterre après des festivités en Normandie.
Ils embarquent à Barfleur, sur deux bateaux, le "Tigre" et la "Blanche Nef".
 Les jeunes ont fait la fête ; ils ont beaucoup bu et prévoient de continuer pendant la traversée.
Mathilde, encore imprégnée de ses années de couvent, préfère échapper à la beuverie,  elle rejoint ses beaux-parents et les personnes d'âge mûr sur le "Tigre" et  la jeunesse monte à bord de la "Blanche Nef" avec force barriques. Ils sont rapidement ivres-morts et, pour s'amuser, ils enivrent l'équipage ; le pilote est expérimenté mais l'effet de l'alcool peut faire craindre le pire qui se produit sans attendre.
A la sortie de Barfleur, la "Blanche Nef" s'encastre sur des récifs ; il fait nuit ; à bord du "Tigre" on n'a rien entendu. On repêchera un seul rescapé : un boucher protégé par sa veste de cuir.
L'aristocratie anglo-normande a perdu toute sa jeunesse. A compter de ce jour, Henri Beauclerc devient "le roi qui ne sourit jamais".

Le royaume anglo-normand, puis la famille royale britannique resteront durablement marqués par la catastrophe, jamais on ne fait voyager ensemble deux héritiers du trône quelle que soit leur place dans l'ordre de succession.

Le bref intermède ayant trouvé sa fin tragique, Mathilde (dont le mariage n'a peut-être même pas été consommé) fait en sens inverse la traversée entre deux ordres et retrouve  son abbaye.

Le destin des enfants d'Henry 1er ne trouve pas  sa fin ici. Il se développera d'une manière aussi brillante qu'inattendue.

Des enfants royaux, il ne reste plus que la fille ainée, également prénommée Mathilde. Mariée à l'empereur germanique, elle perd son mari et, sans enfant, se retrouve sur le "marché" des unions politiquement importantes. Constant dans ses alliances angevines (lorsque le souverain anglo-normand est en Angleterre, il vaut mieux pour lui que la paix règne avec les voisins de la Normandie), Henry s'empresse de remarier celle que tout le monde appelle "l'impératrice" avec le dernier survivant des fils de la maison d'Anjou : Geoffroy le Bel.

On l'imagine facilement, l'amour n'est pas la priorité dans une telle union : la mariée est nettement plus âgée que son époux et elle est réputé pour son mauvais caractère.
 Aucun problème, une solide communauté d'intérêts est sans doute préférable à la passion, ce couple aura un fils.
C'est Henry II, le fondateur du royaume Plantagenêt, la gloire au dernier acte d'une tragédie.

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 01:03

L'époque féodale : le triomphe  de la noblesse ? En apparence seulement.
En réalité, c'est bien l'heure de gloire du christianisme ; religion totalitaire, il contrôle tous les actes de la vie, même et surtout chez les puissants.
  Gagner ne veut pas dire écraser ; l'Eglise va modérer son triomphe.                                                                                    Elle veut pérenniser sa victoire et disposer du bras séculier, la force armée des nobles.
 Elle n'a pas intérêt à provoquer la révolte . Tout un système d'échanges se met en place.
Le seigneur essaie de faire une famille nombreuse, il faut pallier aux aléas d'une importante mortalité ; si un fils meurt, qu'un autre le remplace. Mais une famille nombreuse, c'est aussi un problème : lorsque plusieurs enfants survivent, les cadets se cherchent une place. Dans un domaine qui revient au seul fils aîné, les querelles et les trahisons sont incessantes.
  Et les filles ? Lorsqu'une fillette est mariée dans l'enfance, livrée à la famille du marié pour y être élevée près de lui, il arrive souvent qu'elle soit veuve avant d'avoir pu consommer son mariage et faire des enfants. Elle devient une pièce encombrante, étrangère dans sa famille de naissance et sans intérêt pour sa belle-famille qui ne recevra pas la dot convenue puisque le mariage n'est pas achevé. Qu'elle reste chez ses beaux-parents ou soit renvoyée  chez son père, la situation, pour elle est catastrophique. Une femme sans mari est constamment en danger, victime des exactions sexuelles et autres de la soldatesque qui entoure le seigneur. 
Qui va proposer des solutions ? - L'Eglise, bien sûr !
A nouveau, ce sont les familles royales qui vont nous fournir des exemples.
Louis VI - Le Gros, roi de France, a deux fils : l'aîné, Philippe et le cadet, Louis.
Philippe reçoit une éducation royale de soldat et de chef. Il fait beaucoup de sport et néglige le reste (il se trouvera bien un clerc pour gérer  le domaine, le moment venu ). 
Justement, le royaume est entre les mains de Suger, à la fois premier ministre et Abbé de Saint-Denis, abbaye royale et sépulture des rois de France. Pour garder la concorde et préparer l'avenir, Suger fait entrer Louis à Saint-Denis où on le prépare à succéder à son mentor. Latin, droit canon et civil, le jeune prince deviendra le maître de l'abbaye la plus prestigieuse sur le domaine capétien.
Coup du sort, Philippe se tue dans une chute de cheval ( les mauvaises langues racontent qu'il a bêtement essayé de passer à cheval sous l'arche de pierre d'une porte, mais bon, vous savez comme sont les gens...!) Voilà tous les projets chamboulés.
Pas de problème, Suger, pragmatique, extrait Louis de ses lectures pieuses et le fait sacrer roi de France sans prendre le temps de lui demander son avis. Immédiatement, survient un problème : Louis VII, devenu roi, doit se marier, lui qui voulait sincèrement être moine. L'avenir du royaume exige qu'il se reproduise et c'est pas gagné.
Toujours aucun problème, tout abbé qu'il soit, Suger va s'en occuper et réussir. C'est même le mariage du siècle : il négocie l'union de son roi avec la dot la plus convoitée, apportée par la plus belle des héritières : Aliénor, la duchesse d'Aquitaine. Le duc vient de mourir, il n'avait pas de fils. Sa fille hérite de tout ; elle est duchesse d'Aquitaine, comtesse de Poitiers, suzeraine d'une foule de plus petits seigneurs du Sud-Ouest, une perpective à faire baver tous les prétendants et, ce qui ne gâte rien, elle est célèbre pour sa beauté .
Il est urgent de conclure le mariage pour éviter le risque d'enlèvement ; c'est un usage dangereux pour les héritières : si elle était enlevée, elle ne pourrait sauver son honneur qu'en épousant son ravisseur. 
Qu'en pense la fiancée ?
Elle veut être reine et elle passera par où il faut pour y parvenir, y compris épouser ce bigot  qui ne connait rien du monde. Et le mariage a lieu sous la direction de Suger qui vit son heure de gloire.
Les problèmes attendus ne vont pas tarder à éclater mais l'Eglise va s'en tirer. Bien entendu, les dommages seront pour Louis.
à suivre ...

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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 00:00

Guillaume de Normandie, militairement vainqueur, est le maître de son duché. 
Il ne compte pas s'arrêter là. De l'autre côté de la Manche, Edouard, le roi d'Angleterre va mourir sans enfant.  Entre les divers prétendants, il va désigner un successeur et Guillaume fait le nécessaire pour être celui-là.  L'important, il l'a appris en pacifiant son duché, c'est avoir le champ libre. Il faut laisser la Normandie entre des mains sûres pour se consacrer à la conquête. Un royaume lui est promis mais d'autres lui disputeront.
Le mieux est donc de se marier avec une épouse solide qui tiendra la Normandie en son absence et fera des enfants en vue de sa propre succession.
 Justement, le comte de Flandres a une fille à marier, Mathilde. Dans la perspective d'une expédition en Angleterre, un allié en face, de l'autre côté de la mer, c'est une nécessité. 
On ne dit pas Mathilde très belle mais intelligente, ça vaut la peine d'étudier la question.
Il ne va pas faire appel à un intermédiaire comme il est d'usage. Il ne veut pas d'un mariage par procuration, il veut séduire et être séduit ; il va se rendre chez, le comte de  Flandre et rencontrer sa fille. 
L'affaire n'est pas gagnée d'avance. Guillaume a été précédé par les moqueries du clergé très influent sur Mathilde. Avant de l'avoir rencontré, elle déclare en riant qu'elle ne sera pas la femme d'un bâtard ; Guillaume ne se laisse pas démonter, il bouscule, force l'accès à Mathide et s'impose. C'est Shakespeare avant l'heure, on se croit dans "la mégère apprivoisée", Mathilde est conquise, le mariage est conclu. Il durera toute leur vie. Mathilde gouvernera le duché pour laisser Guillaume lancer les bases d'un état qui sera le futur  royaume Plantagenêt.
Seulement, avant le règne, la puissance et la gloire (joke!), comme d'habitude, il faut compter avec l'Eglise et le droit canon. 
Décidément, rien de tels que ces amateurs de chasteté pour se mêler des amours des autres. 
Après avoir combattu le mariage more danico, le clergé entend décider du choix des époux et il a trouvé un moyen imparable : les empêchements pour inceste.
N'allons pas imaginer la noblesse féodale se complaisant dans les relations sexuelles entre parents et enfants ou frères et soeurs. Depuis le fin-fond des temps néolithiques, ces relations ont toujours été prohibèes. L'Eglise a tout simplement redéfini l'inceste en étendant le nombre de générations, de degrès, où l'union charnelle est interdite. Le choix est compliqué par les parentés spirituelles ; par exemple, le parrain et la marraine d'un enfant, même s'ils ne sont pas consanguins, ne peuvent se marier, ce serait un inceste dans l'ordre spirituel. En deux ou trois générations, toutes les familles nobles sont donc parentes et  incestueuses. Alors, comment allier les exigences familiales, on se marie selon son rang, et les commandements de l'Eglise, tous les partis possibles sont interdits ? 
L'Eglise vous offre une solution : la dispense. Les futurs mariés incestueux demandent à l'évêque ( plus tard, au pape) de faire une exception qui est accordée ou non en fonction des bonnes relations qu'ils entretiennent avec lui et ... la remise d'un cadeau à la taille de l'enjeu. La situation se généralise, il n'y a guère de moyen d'y échapper.
(Ah, si ! Un capétien s'est rendu célèbre pour son acharnement à échapper au diktat du droit canon. C'est Henri 1er ; ayant connu les misères imposées à son père par l'Eglise,  guéri des problèmes d'inceste et  des négociations obligatoires, il a pris épouse en Ukraine, Anne de Kiev restée dans l'histoire de France grâce à une bible écrite en alphabet cyrillique, livre qu'elle avait apporté et sur lequel tous les rois de France ont prêté serment.
 Les chefs de familles les plus glorieux se croient les maîtres du monde ; en réalité, c'est l'Eglise qui gouverne toute leur politique.  
Guillaume et Mathilde vont passer par les fourches caudines du clergé.
 De cette épreuve, il nous reste deux merveilles architecturales, l'Abbaye aux Hommes et l'Abbaye aux Dames, bâties à Caen, en expiation pour un péché obligé.
(... à suivre ...)

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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 22:58

L'Eglise a trouvé judicieux de négocier avec les chefs de famillles ; en laissant faire des mariages d'enfants, elle paraît céder sur le consentement obligatoire. 
C'est, comme dirait l'autre, un détail ; il reste bien assez de sujets de discorde.
Le mariage chrétien est monogame et indissoluble, en contradiction avec de vieux usages que les féodaux affectionnent. 
Passons par la Normandie où nous rencontrerons l'illustration de presque tous les conflits autour du mariage. 
La Normandie, comme son nom l'indique, est la terre des Normands. La noblesse récemment christianisée a gardé quelques habitudes de ses aïeux vikings, en particulier le mariage more danico qui n'est ni monogame ni indissoluble. 
Le fils obéit à son père : il épouse l'héritière prévue. 
Elle ne le séduit pas forcément ; c'est souvent une femme plus âgée que lui, une veuve nantie d'un douaire plus intéressant que la dot d'une jeune fille. Elle devient l'épouse en titre et, si elle a des enfants, ils viendront en tête dans l'ordre de succession. Nous précisons "en tête" parce qu'il y aura normalement d'autres enfants. 
C'est là qu'intervient le mariage more danico, également appelé "mariage par la main gauche". L'héritier ayant fait son devoir et obéi à son père en concluant le mariage attendu, épouse une autre femme selon son goût, une femme qui peut être d'un rang inférieur mais chez qui on recherchera une bonne santé pour supporter la vie nomade des nobles et  faire naître des enfants qui ne laisseront pas le domaine sans héritier en cas de stérilité du premier mariage.  Le mariage more danico peut ne pas durer, que les époux ne s'entendent plus ou qu'une autre compagne supplante sa devancière. Ce n'est pas le divorce moderne, le mari garde les enfants mâles et trouve, hors de la noblesse mais à l'abri du besoin, un successeur qui épousera son ancienne compagne, moyennant une dot.
La plus célèbre de ces unions à la normande, c'est l'histoire d'amour qui donnera le jour au duc Guillaume, celui qui, adulte, fera la conquête de l'Angleterre. 
Le duc Robert - dit "le Magnifique" ou "le diable" , ça pose tout de suite le personnage ! -, descendant du chef Viking Rollon, a rencontré, à Falaise, la fille d'un tanneur , Herleue, sans titre mais très sexy.
 Coup de foudre réciproque, lune de miel torride ; évidemment, l'Eglise n'est pas d'accord du tout !
Le mariage more danico est conclu et produira quatre enfants, dont l'aîné Guillaume que Robert désignera comme son héritier avant d'accomplir un pélerinage en Terre Sainte, à la suite du sulfureux comte d'Anjou,  Foulques Nerra.
Robert n'a pas trente ans, son avenir est plein de promesses, mais il meurt pendant le voyage de retour de Terre Sainte. 
Guillaume est un enfant et la situation dangereuse. Il doit faire reconnaître son titre de duc de Normandie. 
Le régime féodal est récent, les règles de succession sont encore très floues. A chaque décès, il se présente une foule de prétendants.
Guillaume devrait pouvoir compter sur l'appui de l'Eglise, protectrice des pélerins et soutien de la veuve et de l'orphelin. Ses illusions, si jamais il en a eu, ne durent pas longtemps. Le clergé normand a la rancune tenace.  Utilisant leur réseau de "grenouilles de bénitiers" et autres "punaises de sacristie", les autorités religieuses répandent le surnom dont elles ont affublé le jeune duc "Guillaume Le Bâtard". C'est introduire   une objection qui n'a pas de sens en Normandie ; sa position d'héritier est contestée par des oncles ou des cousins qui espèrent tirer profit d'une autre lecture de la généalogie ducale mais sa naissance est légitime même si l'église n'a pas béni le mariage qui ne pose pas de problèmes à la noblesse normande. Des mariages more danico, il y en a dans toutes les familles. Le nouvel argument est exploité pour renforcer la position des adversaires de Guillaume.
Après des années de combat, Guillaume s'établit sans contestation au sommet du duché, en attendant la conquête de l'Angleterre qui changera le "Bâtard" en "Conquérant". Mais il comprend que les temps ont changé ; la loi des prêtres devance la loi des pères.
Il lui reste à prendre femme, une seule comme l'Eglise le commande. Aucun duc de Normandie de fera plus de mariage more danico.
 Mais le clergé n'a pas fini de lui imposer sa volonté
(à suivre...)

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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 00:00

 Le mariage est la grande affaire du monde féodal.
Il faut transmettre ce qu'on a reçu, il faut donc se marier pour avoir des enfants.
La vie est courte, la mortalité infantile, surtout, est  importante. Pour augmenter ses chances de laisser un héritier, il vaut mieux avoir plusieurs enfants.
 Apparaît alors un autre problème, le fief ne se partage pas ;  il ira à un seul, normalement l'aîné. 
Avec quelques variantes locales, la norme de succession est l'ordre de primogéniture par les mâles : le fils aîné reçoit la totalité de l'héritage paternel, à charge pour lui d'assurer l'avenir de ses frères et soeurs, ce qui finit par peser très lourd, et provoque une cascade de conflits domestiques, on se croirait chez les Atrides...  
Pour léguer plus que ce qu'on a reçu, il faut agrandir le domaine ; le moyen le plus sûr est d'épouser une héritière qui apporte une dot et des promesses d'héritage.  
Les chefs de familles s'adonnent à un véritable sport de compétition : concocter de profitables alliances pour leurs enfants. 
Pourquoi ne pas laisser les intéressés s'en occuper ? Parce que les mariages portent en eux tout l'avenir des familles ; il est hors de question d'en laisser le soin à de jeunes blanc-becs inexpérimentés qui seraient bien capables de courir à leur ruine, tourneboulés par un joli minois ou une belle allure. 
Au passage, ne parlons pas de discrimination sexuelle, le père dispose de ses garçons comme de ses filles.
Deux adversaires veulent faire la paix ? Pour concrétiser l'accord, (en précurseurs des participations croisées) ils organisent des mariages croisés entre les enfants de l'un et de l'autre. 
On peut  dire sans exagérer que toute la vie politique passe à un moment ou un autre par la conclusion de mariages. Si elle veut compter dans la prise des décisions, l'Eglise ne peut rester à l'écart de ces alliances mais elle ne s'impose jamais par la brutalité. Tout se négocie. Un peu à la fois, le droit canon s'emplit d'articles codifiant le mariage sur deux principes : le consentement des époux et le tabou de l'inceste.

Quand on cherche à s'agrandir, le plus intéressant est le voisinage immédiat, un domaine qui jouxte le sien. Après quelques mariages croisés, les voisins sont tous parents et leurs familles forment un bloc. 
L'Eglise est toujours favorable à l'exogamie, chez les nobles comme dans le peuple ; elle sait d'expérience qu'elle ne doit pas laisser se constituer ce genre de forteresses imprenables. 
Les chefs de famille arrangent les alliances en fonction de leurs intérêts ; la religion exige le consentement des futurs époux.  Il faut trouver un terrain d'entente. C'est l'origine d'une construction originale qui ménage les intérêts des uns et des autres, un mariage en deux parties : le sponsalicium suivi du matrimonium
Le sponsalicium est à la fois sacrement et contrat de mariage ; le matrimonium, c'est les noces, la part profane et conjugale, la consommation du mariage. L'Eglise ne s'intéresse qu'au sponsalicium, officiellement elle ne connait pas les réalités de l'union charnelle.
La découverte géniale qui donne satisfaction à tout le monde, c'est la non-concommitence des deux parties du mariage. Les pères veulent conclure au plus vite, ne pas laisser le temps à d'autres prétendants de faire échouer leurs projets, il faut donc procéder aux mariages très vite. On peut conclure une union très tôt, entre deux enfants, et ne la consommer que des années plus tard. Le sponsalicium célébré, les pères sont satisfaits, leur travail ne sera pas défait.
Pour complaire à l'Eglise qui exige toujours le consentement des époux, une fois qu'on a célébré la cérémonie, la "sponsa" est livrée à sa nouvelle famille ; en attendant l'âge de consommer le mariage, elle partagera la vie de son époux, dans l'idée que la vie commune lui permettra de s'habituer  aux futures réalités du mariage et que l'harmonie ainsi créée évitera les protestations.
 Et, sans surprise,  le système fonctionne. Ces unions enfantines ont souvent donné des ménages solides, moyennant quelques autres arrangements que nous allons découvrir.
 - à suivre ...

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